À Montreuil, quand le lien entre générations change la vie des quartiers

31/08/2025

Pourquoi miser sur l'entraide intergénérationnelle à Montreuil ?

Retour sur quelques réalités qui posent le décor. Montreuil, c’est 111 000 habitants, une des villes les plus jeunes de la petite couronne, mais aussi un quart de plus de 60 ans qui augmente plus vite que la moyenne départementale. Dans certains quartiers, l’isolement des seniors progresse, parfois accentué par une précarité économique ou un éloignement familial. À l’opposé, des centaines de jeunes peinent à entrer dans la vie active, cherchent un logement, un premier job ou simplement un adulte à qui parler.

  • 73 % des retraités franciliens souffrent d’isolement relationnel, un chiffre qui monte dans les quartiers populaires (Petits Frères des Pauvres).
  • À Montreuil, près de 29 % de la population a moins de 20 ans (INSEE 2021).
  • Seulement 15 % des personnes âgées impliquées dans un réseau de quartier se disent isolées, contre 38 % des non-impliquées (CGET, 2017).

Mettre en lien les générations, ce n’est pas qu’une réponse à la solitude : c’est aussi tisser des solutions locales sur le logement, l’emploi d’appoint, la santé, l’apprentissage et le vivre-ensemble. La ville de Montreuil l’a bien compris, et s’inspire déjà d’expériences réussies ailleurs (Toulouse, Lille…).

Ce qui marche vraiment : exemples d’initiatives concrètes

Des colocations entre générations : quand l’habitat crée l’entraide

Parce que le logement est souvent un point de départ, des associations comme Réseau COSI proposent la cohabitation intergénérationnelle entre seniors disposant d’une chambre libre et jeunes en galère de logement étudiant, d’alternance ou même de stage. À Montreuil, le dispositif a trouvé ses premiers adeptes : chaque partie bénéficie d’une présence, d’un coup de main, d’un soutien et parfois de services rendus (petites courses, informatique, etc.).

  • En Ile-de-France, plus de 1200 binômes ont été créés en 2022 via ce type de dispositifs (Réseau COSI).
  • 9 habitants sur 10 recommandent l’expérience à des proches (Sondage intergénérationnelle ONUAF).

Le bénévolat croisé et les ateliers partagés

Les associations locales multiplient les occasions de croiser les générations pour des actions concrètes : réparation de vélos, jardinage, couture, cuisine, aide scolaire… Des structures comme le centre social Danube, l’Atelier d’Insertion Montreuillois, ou la Maison Ouverte, organisent régulièrement des ateliers où l’on mélange âges, savoir-faire et envies.

  • À la fête des quartiers, en 2023, plus de 400 participants avaient moins de 20 ans et plus de 200 en avaient plus de 60, tous réuni·e·s pour des ateliers potagers et artistiques (source : Mairie de Montreuil).
  • Les bénéficiaires de ces actions intergénérationnelles déclarent un gain de confiance en eux dans 67 % des cas (source : UNASSI 2018).

Du numérique accessible pour tous, grâce à la solidarité

À l’heure où tout passe par les démarches en ligne, les ateliers numériques intergénérationnels remportent un vif succès. Des jeunes forment les seniors sur l’usage de la tablette ou du smartphone, tandis que les retraités transmettent trucs et anecdotes sur la vie locale et la mémoire du quartier. Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), des tiers-lieux comme La Maison Pop, ou des structures comme Les Couleurs du Pont de Pierre, proposent ce type d’échanges.

  • À Montreuil, plus de 160 seniors ont déjà bénéficié de ces ateliers numériques intergénérationnels (source : CCAS, 2023).
  • Après six mois, 58 % des seniors participants déclarent utiliser internet pour garder contact avec leur famille plutôt que d’attendre une visite (Baromètre Numérique INSEE).

Comment tisser ce réseau : étapes, conseils et leviers pratiques

1. Repérer les besoins sur le terrain, quartier par quartier

Toutes les initiatives partent d’un besoin concret. À Montreuil, chaque quartier a son profil : dans certains, l’isolement des anciens est plus marqué ; dans d’autres, c’est l’insertion professionnelle des jeunes qui domine. Des méthodes existent :

  • Organiser des rencontres informelles, par exemple à la sortie d’un supermarché avec quelques bénévoles, pour recueillir directement les envies et besoins.
  • S’appuyer sur des enquêtes courtes auprès des habitants (questionnaires papier ou en ligne, par exemple via les conseils de quartiers ou les bailleurs sociaux).
  • Consulter les acteurs sociaux locaux: maisons de quartier, associations, éducateurs de rue…

2. Se fédérer autour de structures ou de collectifs

Le réseau d’entraide ne fonctionne que s’il s’appuie sur une ou plusieurs structures pivot : associations de quartier, conseils citoyens, écoles, bibliothèques, bailleurs… L’idée est de connecter ce qui existe déjà (groupes WhatsApp d’immeuble, clubs de jeux, collectifs de voisins) et de créer des relais de confiance.

  • Inviter les structures à partager un agenda commun et à mutualiser les outils (affiches, mailing, relais Facebook…)
  • S’appuyer sur la Maison des Seniors, le CCAS ou les réseaux d’éducation populaire déjà implantés
  • Impliquer aussi commerçants et professionnels locaux (médecins, pharmaciens, artisans…) : ils sont souvent des points de passage privilégiés pour repérer les situations d’isolement

3. Lancer des rendez-vous, réguliers ou ponctuels, pour créer le lien

Des rendez-vous adaptés à la vie locale sont la pierre angulaire d’un réseau vivant. Quelques exemples qui marchent :

  • Café des générations : un goûter mensuel au centre social, théâtre d’échanges de bons procédés et de débats sur la ville.
  • Brigades solidaires : un samedi matin par trimestre, partage de services entre âges (bricolage, aide aux devoirs, petites courses…)
  • Ateliers partagés : inventive, la Maison Ouverte de la rue Hoche a lancé un cycle “Transmettre”, sur la cuisine, la réparation ou le jardinage, chaque samedi matin en mixant classes d’âge.
  • Marches urbaines : réunir jeunes et anciens pour découvrir les trésors (pas toujours connus) du patrimoine montreuillois.

Dans tous les cas, la simplicité, la convivialité et la régularité font la différence.

4. Mettre en place des outils pour rester en lien au quotidien

  • Un groupe WhatsApp ou Signal, animé par un·e bénévole, pour relayer les demandes coup de main ou partager des infos locales.
  • Des cahiers de suggestions dans les commerces (boulangeries, pharmacies), pour recueillir les propositions ou services à rendre.
  • Une newsletter de quartier, alimentée par les habitants eux-mêmes : retours d’expériences, besoins, coups de main possibles.
  • L’application “Mon P’tit Voisinage” (expérimentée à Bagnolet) qui pourrait être adaptée à Montreuil, pour géolocaliser les échanges intergénérationnels et les besoins.

Les freins et comment les dépasser (sans se décourager)

Miser sur l’entraide intergénérationnelle à Montreuil implique d’affronter quelques difficultés : manque de temps, peur de déranger, méconnaissance des publics… Mais des solutions concrètes existent :

  • Privilégier des formats courts et flexibles pour l’implication (1h pour une aide ponctuelle, pas d’engagement lourd).
  • Désigner un ou deux “médiateurs” intergénérationnels par quartier ou immeuble (souvent des jeunes retraités très actifs ou des étudiants déjà présents dans les réseaux associatifs).
  • Communiquer sur les réussites : montrer, par des affiches ou vidéos, des binômes de générations qui s’épaulent change l’image de la solidarité.
  • Dépasser la peur de la paperasse : des dispositifs comme le Service Civique Intergénérationnel, déjà testé à Paris et en Ile-de-France, peuvent procéder à un accompagnement administratif.

Des ressources pour aller plus loin

  • Le Guide de l’entraide intergénérationnelle édité par la Fondation de France – disponible en ligne gratuitement (Fondation de France).
  • Le Réseau COSI pour toute question sur la cohabitation intergénérationnelle : accompagnement, conseils et matching.
  • La plateforme Voisin-Age : pour trouver des partenaires et idées d’actions concrètes.
  • Le CCAS de Montreuil : point d’entrée possible pour proposer des ateliers ou obtenir une orientation vers des dispositifs existants.

Prolonger l’élan – et imaginer la ville de demain

À Montreuil, l’envie d’agir ensemble traverse déjà les générations : il ne tient qu’à nous de renforcer ces liens pour que personne ne reste en dehors du mouvement. Se connaître, se parler, s’entraider, c’est changer le quotidien – et cela ne tient pas seulement à de grands projets, mais à une accumulation de petits gestes qui font (toute) la différence. Plus le réseau sera vivant, plus les idées surgiront : lancer la carte des talents quartiers, imaginer une “fête des savoirs partagés” ou créer des tandems ados-seniors ambassadeurs des quartiers… Autant de pistes pour faire de l’entraide intergénérationnelle à Montreuil un vrai engagement collectif et contagieux.

Montreuil a toutes les ressources humaines pour être un laboratoire d’initiatives solidaires entre générations. À chacun d’y prendre part, à hauteur de ses moyens – et à son rythme !

  • [1] Dossier Population, INSEE Montreuil, 2023
  • [2] Chiffres Mairie de Montreuil 2022

"Le moteur citoyen de la transition sociale"

Collectif Montreuil
Collectif Montreuil
regiedequartiers-montreuil.fr

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Les Quartiers en Action à Montreuil