Végétalisation à Montreuil : quand les habitantes et habitants réinventent l’espace public

17/08/2025

Montreuil et la nature en ville : repères et état des lieux

Située aux portes de Paris, Montreuil compte plus de 110 000 habitants et fait face, comme nombre de villes denses, à des défis d’urbanisation galopante (source : INSEE). Pourtant, la ville a longtemps gardé une âme de village horticole : elle fut autrefois célèbre pour ses célèbres murs à pêches, vestiges aujourd’hui valorisés, où la vigne et les fruitiers témoignent d’un passé agricole vivace (source : Mairie de Montreuil).

Aujourd’hui, la part de nature dans l’espace montreuillois reste limitée : Montreuil compte 5,1m² d’espaces verts publics par habitant, loin des 10 à 12m² recommandés par l’OMS pour une ville densément peuplée. Mais cette réalité motive d’autant plus les habitantes et habitants à inventer de nouveaux usages, en s’impliquant dans la végétalisation – une dynamique qui s’observe partout dans la ville, des quartiers centraux aux limites de Bagnolet.

Du jardin partagé au micro-jardin de trottoir : multiplication des initiatives citoyennes

Impossible de parler de végétalisation à Montreuil sans évoquer l’impressionnante vitalité du mouvement des jardins partagés. Apparues dans les années 2000, ces parcelles à but collectif rassemblent aujourd’hui une trentaine de groupes citoyens ou associatifs, chacun jouant un rôle d’animation sociale et d’éducation à l’environnement.

  • Le jardin d’Émile à la Boissière, géré par l’association Graine de Partage, accueille des ateliers pédagogiques, des repas de quartier et des cueillettes collectives.
  • Les murs à pêches eux-mêmes, emblème patrimonial, sont le théâtre de dizaines de chantiers participatifs : les riverains réhabilitent peu à peu ces espaces en plantant arbres fruitiers, vignes et légumes anciens.
  • De nouveaux “micro-jardins” voient le jour dans les interstices urbains : pieds d’immeuble fleuris à Solidarité Carnot, friches comestibles à Ruffins–Théophile-Sueur, bacs de culture implantés sur des places piétonnes… Des projets souvent impulsés par de simples habitants, parfois rassemblés via la plateforme municipale Je Participe.

Ainsi, chaque espace public inutilisé devient un terrain d’expérimentation pour la biodiversité. Ce sont souvent des petites équipes informelles qui prennent l’initiative : un groupe de voisins, une association de locataires, un conseil citoyen de quartier. Un phénomène qui touche tous les âges (ateliers scolaires, chantiers intergénérationnels) et toutes les cultures, révélant le désir de tous de s’approprier leur environnement par l’action collective.

Les “permis de végétaliser” : une nouvelle façon de s’engager

Montreuil, à l’image de nombreuses villes inspirées par Paris ou Rennes, a mis en place un permis de végétaliser depuis 2017. Ce dispositif permet à tout citoyen, collectif, école ou commerçant de demander l’autorisation officielle d’investir un tronçon de trottoir, de pied d’arbre ou un recoin de rue pour y planter des végétaux.

  • Plus de 250 permis délivrés depuis le lancement (source : Ville de Montreuil, 2023), une croissance constante malgré la crise sanitaire.
  • L’accompagnement municipal consiste en une remise de terre végétale, de graines, parfois de totems ou de supports d’information pour expliquer la démarche aux riverains.
  • Une attention particulière est portée à la mobilisation collective : beaucoup de permis sont demandés au nom de groupes d’habitants, pour renforcer l’ancrage du projet dans la vie locale.

En plus d’embellir les quartiers, ces parcelles végétalisées servent aussi d’espaces d’échange et de sensibilisation. On y trouve aussi bien des fleurs locales, que des plantations alimentaires ou des expérimentations pour préserver les pollinisateurs. Les riverains s’approprient volontiers ces espaces, favorisant rencontres et solidarité de proximité.

Des impacts concrets : biodiversité, bien-être et lien social

Au-delà du simple plaisir des yeux, les impacts de la végétalisation portée par les habitants sont multiples et tangibles :

  1. Biodiversité retrouvée : Les surveys menées dans le secteur des murs à pêches ont recensé plus de 120 espèces végétales différentes en 2022, dont 20% d’espèces protégées ou patrimoniales (source : Observatoire régional de la biodiversité).
  2. Climat et santé : Les espaces végétalisés luttent contre les îlots de chaleur, un enjeu crucial pour Montreuil où la température de nuit peut grimper de plus de 5°C dans les zones très minéralisées durant l’été (source : Météo-France, 2023).
  3. Amélioration du cadre de vie : Selon une enquête menée auprès des membres de jardins partagés du centre-ville, 77% estiment que leur action a permis de réduire les incivilités et le sentiment d’insécurité dans leur rue (source : Centre social Est-Montreuil, 2021).
  4. Renforcement du lien social : Lors des inaugurations de pieds d’arbres fleuris ou d’événements portes ouvertes, la fréquentation intergénérationnelle double et amène à de nouveaux groupes de voisins (données issues de l’Association Montreuil Hortus).

À noter également les initiatives de compostage collectif associées à plusieurs projets de végétalisation, qui permettent de diminuer les déchets organiques municipaux de près de 1,5 tonne par an (chiffres du Syctom 2022 pour Montreuil).

Lieux incontournables et actions collectives remarquées

Plusieurs lieux symboliques concentrent l’énergie des citoyens montreuillois en matière de végétalisation :

  • Les murs à pêches : Site patrimonial classé, d’environ 38 hectares, véritable “laboratoire à ciel ouvert” animé par un collectif d’habitants, de scolaires, d’artistes et d’associations. C’est ici qu’a lieu chaque année la Fête de la Nature, où ateliers de reconnaissance des plantes, constructions d’abris à insectes et échanges de graines rythment le printemps.
  • La Fonderie Hortus : Ce jardin hybride ouvert en 2016 sur une ancienne friche industrielle (quartier République) accueille aujourd’hui des bacs de culture, un rucher, et des animations pédagogiques autour du compostage, de la permaculture et de la récupération d’eau de pluie.
  • Les écoles s’impliquent : À l’école Paul-Langevin ou au collège Jean-Moulin, des élèves créent leur potager, apprendront à bouturer et participent à des ventes solidaires de petits plants au profit de projets éducatifs.

Partout, ces lieux cultivent une convivialité unique et réinventent le “vivre ensemble”. Ils servent fréquemment de terrain à des chantiers bénévoles, à des fêtes de quartier ou encore à l’accueil de publics éloignés (personnes âgées, familles réfugiées, personnes en insertion).

Les défis à relever et pistes d’action pour aller plus loin

Même si la dynamique de végétalisation citoyenne est puissante, elle n’est pas sans obstacles :

  • Durabilité : Les projets reposent souvent sur quelques volontaires très investis, ce qui pose la question du relais et de la transmission, en particulier pendant les périodes de vacances scolaires ou les épisodes de sécheresse.
  • Coexistence des usages : L’ajout de plantations, parfois en pleine rue, suppose de concilier circulation, propreté et sécurité : certains emplacements sont fragiles ou vandalisés.
  • Manque d’accès à certains espaces : Tout le territoire n’est pas égal ; certains quartiers manquent d’espaces libres ou sont soumis à de fortes pressions immobilières.

Face à ces enjeux, des réponses émergent : – La mutualisation des outils (grâce à des “boîtes à outils partagées”) ; – Le rôle des référents de quartier, véritables “passeurs de relais” pour coordonner les chantiers saisonniers ; – L’implication croissante des bailleurs sociaux, qui accompagnent les locataires dans la création de jardins collectifs au pied des immeubles. – Un dialogue renforcé avec les services de la Ville pour fournir eau, terreau, matériel et sécuriser les aménagements.

Végétaliser à Montreuil : un mouvement en devenir

La végétalisation citoyenne à Montreuil ne cesse de s’amplifier. Si chaque projet naît d’une envie ou d’un besoin très local, c’est finalement toute la ville qui en bénéficie : augmentation de la biodiversité, embellissement des rues, résilience face aux changements climatiques et création de liens humains pérennes. Les habitantes et habitants l’ont bien compris : la démocratie s’enracine aussi dans la terre et le partage du vivant.

Envie de participer ? Au-delà de la demande de permis, des associations comme Graine de Partage, la Ligue de l’Enseignement ou Les Pousses Urbaines accompagnent les citoyens pas à pas, de l’idée jusqu’à la plantation, accessibles à tous et prêtes à ouvrir la porte à de nouvelles initiatives.

Végétaliser Montreuil, ce n’est pas juste planter des fleurs : c’est redessiner la ville ensemble, quartier après quartier.

"Le moteur citoyen de la transition sociale"

Collectif Montreuil
Collectif Montreuil
regiedequartiers-montreuil.fr

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